Je suis une Louve des steppes

Je suis devenue, je pense avoir fait ce choix à un moment donné, ce qu’on appelle une hyperactive, toujours en train de courir à droite à gauche, je charge mon planning au maximum pour me sentir “vivante” “efficace” “actrice de ma vie” bref je finis mes journées shooter à l’épuisement et parfois avec la mince satisfaction d’avoir gravi une montagne de travail, d’avoir lu 2/3 livres en même temps, d’avoir répondu à des centaines d’emails professionnels, d’avoir suivi un brin l’actualité et d’avoir l’illusion d’avoir pris des nouvelles de mes amis à coup de what’s app, entre deux appels téléphoniques ; tout cela simultanément bien sûr, telle une virtuose de la nouvelle technologie et de la communication  bref la liste est longue et mon égo n’en finirait pas de se gargariser avec indécence.

Lorsque vient la période des vacances, mon superbe château de cartes se voit fragilisé par une brise passante…  un léger tremblement de terre s’opère en moi, plusieurs secousses pour marquer les différentes étapes.

La première : l’euphorie de la récompense tant attendue et “bien méritée” après tant d’efforts fournis tout au long de l’année.

Ensuite ?  Etape bonnes résolutions : j’intensifie mes séances de yoga, de sport, de méditation, tout passe au crible du peigne fin du “vivre sainement”, la surpuissance bombe le torse tel un paon qui fait sa roue.

Troisième étape : la conscience. Elle remonte progressivement des eaux profondes telle une ancre alourdie par la resistance que l’eau exerce sur elle à chaque palier. Le bateau  n’attend qu’une chose reprendre le large et mettre les voiles toutes vers un nouveau cap.

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Un bateau dans un port est en sécurité, mais ce n’est pas pour cela qu’il a été construit.” (citation d’un anonyme)

Le repos me met face à cette inéluctable question : suis-je donc en train d’être ce pour quoi j’ai décidé de m’incarner ici-bas ? Le doute me titille,  le silence m’assourdit, les remords me hantent, ma nervosité s’active, ce énième réveil me fait l’effet d’une gueule de bois.

Apparemment socialement bien sous tout rapport, je poursuis mon chemin de vie boiteuse digne-ment et sincère-ment.

Alors émerge cette inlassable sensation d’être encore et de façon persistante, une âme inadaptée au sein de ce collectif terrien.

Où est ma place ? Qui suis-je vrai-ment ou peut-être en vérité ?  Quelle est ma mission dans le monde des hommes avec un grand H ?

Je demeure sauvage, non domesticable telle une louve dont la nature profonde est d’être libre respectant des règles spécifiques à la meute, dont les cris intérieurs servent à marquer son territoire et qui reste par nature insaisissable et mystérieuse.

Hermann Hesse m’a bouleversé de vérité dans son oeuvre Le Loup des steppes dont j’aimerais vous partager un court extrait pour illustrer mon propos :

“Notre Loup des steppes, lui aussi, croit porter dans son sein deux âmes (l’homme et le loup) et son sein, déjà s’en trouve assez mal. La poitrine, le corps ne font qu’un, mais les âmes qui y habitent ne sont ni deux, ni cinq, elles sont innombrables; l’homme est un bulbe formé de centaines de pellicules, une texture tissée de milliers de fils. Dans l’Asie ancienne on l’avait reconnu, on s’en rendait exactement compte et le Yoga bouddhiste connaît la technique spéciale pour dépouiller l’illusion de la personnalité. Les jeux de l’humanité sont joyeux et divers : la folie que l’Inde, pendant mille ans, s’est efforcée de démasquer est celle que l’Occident, avec autant de vigueur, essaie de renforcer et de soutenir.

Si nous envisageons de ce point de vue notre Loup des steppes, nous comprendrons facilement pourquoi sa dualité ridicule le fait tant souffrir. Il croit, comme Faust, que deux âmes sont trop pour une seule poitrine et ne peuvent que la déchirer. Mais elles sont au contraire trop peu nombreuses, et Harry martyrise sa pauvre âme en voulant la faire tenir en une forme aussi primitive. Il agit, bien qu’il soit un homme instruit et cultivé, à la façon, d’un sauvage qui ne sait pas compter au-delà de deux. Il donne à une partie de lui-même le nom d’homme, à une autre celui de loup, et croit en avoir fini et s’être épuisé.

Dans l’homme, il empile tout ce qu’il trouve en lui de spirituel, de sublimé ou de cultivé; dans le loup, tout ce qu’il a d’instinctif, de sauvage, et de chaotique. Mais la vie n’est pas aussi candide que nos pensées, aussi simpliste que notre pauvre langage d’idiots, et Harry se dupe doublement quand il applique cette méthode nègre d’homme-loup. Il annexe à l’homme, nous le craignons, des régions entières de son âme qui sont encore loin d’être humaines et attribue au loup des parties de son être qui ont, depuis longtemps, dépassé le fauve.

Comme tous les hommes, Harry croit savoir très bien ce qu’est l’homme et n’en a pourtant aucune idée, bien qu’il le pressente parfois en rêve ou dans quelque autre état de conscience difficilement contrôlable.” (…)

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